Sur le plateau de Plan d’Aou, la transformation urbaine se lit comme une leçon de gestion de projet à ciel ouvert. Entre démolitions massives, reconstructions ciblées et aménagements d’espaces publics, l’opération montre comment la planification, l’organisation et le suivi peuvent recomposer un tissu urbain fragilisé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 915 logements d’origine, près de 872 démolis, plus de 450 reconstruits, un conventionnement ANRU signé en 2005 pour 116,2 M€ HT — autant d’étapes qui structurent une ambition technique et sociale. Avec l’équipe CONCORDE et des partenaires comme Erilia, la métamorphose se nourrit d’objectifs définis, d’allocations de ressources publiques et privées, et d’une communication continue avec les habitants.
En bref :
- Plan d’Aou (Marseille) : projet de rénovation urbaine engagé depuis plus de 30 ans.
- Chiffres clés : 915 logements initiaux, 872 démolis, plus de 450 reconstruits dont 237 sur site.
- Objectifs de gestion de projet : reconnecter le plateau au noyau villageois, diversifier l’habitat, améliorer la qualité de vie.
- Méthodes : planification par phases, maîtrise d’œuvre partagée, suivi participatif, montée en compétences des acteurs locaux.
- Risques et limites : contraintes foncières, incertitudes financières, acceptation sociale variable selon les espaces.
- Leçon : une gouvernance adaptative et une communication continue sont déterminantes pour transformer un grand ensemble en « morceau de ville ».
Plan d’Aou Marseille : genèse urbaine et enjeux de la rénovation
Le quartier de Plan d’Aou, perché sur un plateau à l’extrémité nord de Marseille, est un cas d’école pour comprendre la complexité d’un projet de renouvellement urbain. Conçu dans les années 1970 avec 915 logements, il offrait une situation dominante avec vue sur la rade mais souffrait d’isolement et de désordres techniques. Dès les années 1980, les premières démolitions ont été engagées. Ces décisions initiales ont posé des objectifs clairs de gestion : réduire la vulnérabilité du bâti, densifier intelligemment et reconnecter le quartier à son environnement.
En 2005, la signature d’une convention ANRU a formalisé l’engagement financier et opérationnel. Le montant total du programme déclaré s’élève à 116,2 M€ HT en 2005, avec une participation de l’ANRU évaluée à 23,6 M€. Ces ressources ont permis d’enclencher une série d’actions : démolitions (près de 872 logements détruits), reconstructions (plus de 450 logements construits sur site et aux pourtours) et création d’équipements publics essentiels.
La démarche de projet à Plan d’Aou a croisé des objectifs multiples : améliorer la qualité de vie, diversifier l’offre de logement (social, accession libre, accession sociale), et favoriser l’attractivité économique. Une limite fondamentale reste la temporalité : la rénovation urbaine est un processus long. Les évolutions politiques et les cycles de financement peuvent modifier les échéances.
Une nuance importante concerne le relogement : si près de 380 logements ont été reconstruits en compensation, seuls 237 l’ont été sur le site même, ce qui a entraîné des mouvements de population et des recompositions sociales. Les alternatives varient selon le profil : pour une famille cherchant la stabilité, la reconstruction sur site était préférable ; pour un bailleur social, l’offre hors site a permis de diversifier les implantations.
Exemple concret : la création d’équipements comme la médiathèque (ouverte en 2020) ou la maison de santé a modifié les usages du quartier. Ces équipements ont été pensés comme leviers pour attirer des usagers extérieurs, ce qui contribue à réduire l’effet « enclave ». Cependant, l’efficacité dépend de la coordination entre planification spatiale et services. Insight : la genèse du projet démontre que poser des objectifs précis et chiffrés dès l’origine facilite la priorisation des ressources et le suivi opérationnel.
Le plan d’aou comme modèle de gestion de projet urbain : objectifs, priorités et gouvernance
Transformer Plan d’Aou a nécessité une structuration claire de la gestion de projet, où chaque phase s’appuie sur une définition d’objectifs, une répartition des ressources et un calendrier d’échéances. La gouvernance a impliqué la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Ville de Marseille, les bailleurs (Logirem, Erilia, 13 Habitat, ICF, SNI) et le GIP Marseille Rénovation Urbaine. Cette articulation multi-acteurs illustre l’importance d’une structure de pilotage capable d’arbitrer priorités et conflits d’usage.
Au niveau opérationnel, l’équipe laureate du concours Europan, CONCORDE, a joué le rôle de fil conducteur technique et conceptuel. Sa mission comprenait la préfiguration d’espaces publics et l’aménagement temporaire, confiée par le bailleur Erilia en 2016. Cette délégation a permis d’aligner la vision de projet avec des objectifs mesurables : reconnecter le plateau au noyau villageois, établir un mail public (belvédère Canovas) et créer des « îles » programmatiques.
Limites et incertitudes : la coordination politique et la disponibilité des financements peuvent retarder les échéances. Par exemple, la réalisation du pôle d’échanges de Saint-Antoine dépend d’arbitrages métropolitains et de phasages techniques. L’alternative, lorsqu’un financement tarde, consiste à privilégier des opérations à faible coût et forte visibilité (espaces publics temporaires) pour maintenir la dynamique.
Mécanismes de priorisation et arbitrage
Les priorités se sont articulées autour de trois axes : sécurité et confort (réparer le bâti), mobilité et accessibilité (trois nouvelles voies créées, bus depuis 2015), et attractivité (équipements culturels et services). Chaque objectif a été décliné en livrables quantifiables : par exemple, la livraison du mail Canovas comme jalon pour 2021-2022.
Exemple de décision stratégique : face à un budget contraint, le choix a été de concentrer des moyens sur des « îles » programmatiques plutôt que sur une uniformisation lourde du territoire. Cette approche modulaire a réduit les risques financiers tout en offrant des gains d’usage rapides. Insight final : structurer le projet en modules permet de conserver la flexibilité tout en respectant des échéances ambitieuses.
Planification et organisation : méthode projet appliquée au plateau de Plan d’Aou
La planification du projet Plan d’Aou s’est faite sur des horizons longs et courts. À long terme, la stratégie visait la recomposition du tissu et la densification qualitative. À court terme, la planification a privilégié des livraisons par phase : démolitions, relogements, constructions compensatoires, puis aménagements publics. Cette double échelle a permis d’équilibrer contraintes techniques et attentes des habitants.
Un outil central a été la feuille de route partagée entre maîtres d’ouvrage et bailleurs, complétée par des jalons trimestriels de suivi. Le suivi comprenait des indicateurs simples : nombre de logements démolis/reconstruits, surfaces aménagées, ouverture d’équipements. En 2015, la dernière phase majeure de démolition a permis de requalifier le boulevard Commandant Robert Thollon et d’aménager la place du Sud, marquant un jalon opérationnel visible.
Limite : la planification a dû composer avec l’imprévu—découvertes techniques sur site, délais administratifs. Une bonne pratique a été d’intégrer des marges de manœuvre temporelles et financières. Exemple : prévoir des phases d’aménagement temporaires permet d’engager les habitants et de tester des usages sans engager des coûts définitifs.
Organisation des équipes et rôles
La maîtrise d’œuvre urbaine et sociale a réuni des profils variés (architectes Alain Amédéo, Arnaud Villard, Jean Brémond – Colline, Nathalie Marti). Les rôles ont été clairement délimités : pilotage stratégique par la Métropole, opérationnel par les bailleurs, animation sociale par les acteurs locaux. Cela a facilité la prise de décision rapide et la coordination des ressources.
Liste de tâches typique pour une phase d’aménagement :
- Cartographie des friches et priorisation des îlots.
- Concertation locale et ateliers participatifs.
- Définition des programmes (sport, détente, services).
- Études techniques et environnementales.
- Phasage chantier et plan de communication.
Insight : une organisation matricielle, où compétences techniques et sociales se répondent, favorise la résilience du projet face aux aléas.
Ressources, financement et acteurs : chiffres et responsabilités
Le volet financier du Plan d’Aou illustre la nécessité d’aligner différentes sources de financement. La convention ANRU de 2005 mobilisait un montant total de 116,2 M€ HT. La répartition comprenait l’ANRU (23,6 M€), la Ville de Marseille (20,9 M€), la Région PACA (4,9 M€), le Département (1,5 M€), la Métropole (4,5 M€), des bailleurs (28,1 M€) et des fonds privés (32,7 M€).
Ces ressources ont permis de financer des démolitions, des reconstructions et des aménagements extérieurs. On note cependant des limites : la répartition des fonds dépend fortement des conventions et des appels à projets. Les incertitudes macroéconomiques ou des renégociations politiques peuvent impacter les échéances.
Tableau récapitulatif des principaux flux financiers et résultats physiques :
| Rubrique | Montant/Résultat | Année de référence |
|---|---|---|
| Total convention ANRU | 116,2 M€ HT | 2005 |
| Logements démolis | 872 | 1980-2015 |
| Logements reconstruits | plus de 450 | 2000-2021 |
| Logements reconstruits sur site | 237 | 2000-2021 |
Alternative de financement : lorsqu’une ressource publique se réduit, les maîtres d’ouvrage peuvent recourir à des montages mixtes (bailleurs + promoteurs privés) ou à des dispositifs d’accession sociale, comme le bail réel solidaire mentionné dans certaines opérations récentes. Limite : ces montages exigent une gouvernance serrée pour éviter les dérives de qualité.
Exemple opérationnel : l’AMI « Carré Sud » porté par Erilia vise la diversification immobilière au cœur du site. Ce type d’appel à manifestation d’intérêt permet d’attirer des opérateurs innovants et d’ajuster la répartition des risques financiers. Insight : la pluralité des financeurs est salvatrice mais impose une capacité forte de coordination pour préserver la cohérence du projet.
Suivi, échéances et priorités opérationnelles : gouverner l’avancement
Le suivi du chantier Plan d’Aou s’est structuré autour de jalons annuels et d’indicateurs simples. Par exemple, la livraison de la médiathèque en 2020 et les premières opérations en prêt locatif social en 2019 ont été des points de contrôle. Le suivi a nécessité des comités techniques réguliers et des dispositifs d’évaluation socio-économique pour mesurer l’impact sur la vie locale.
Priorités opérationnelles : sécuriser les accès (trois nouvelles voies créées), améliorer les mobilités (bus sur le plateau depuis 2015, pôle d’échanges de Saint-Antoine en cours), et soutenir l’animation sociale. Ces priorités répondent à la logique de rendre le quartier praticable et attractif pour des profils variés, y compris des familles et des usagers extérieurs.
Limites : des imprévus techniques ou des délais administratifs allongent les échéances. Pour limiter les risques, une stratégie de phasage a été adoptée, privilégiant les gains d’usage rapides. Alternative : procéder par « expérimentations temporaires » pour tester et ajuster les aménagements avant la version définitive.
Cas pratique : l’aménagement de la Lune bleue a été conçu pour offrir un élément central ludique, exploitant le relief et l’eau. Sa réalisation a mis en lumière la nécessité d’un suivi rapproché des entreprises et des études hydrauliques, soulignant combien la maîtrise des risques techniques conditionne le respect des délais.
Insight : un plan de suivi efficace combine indicateurs quantitatifs (livraisons, coûts) et qualitatifs (satisfaction des habitants), ainsi que des mécanismes d’ajustement rapides pour corriger les trajectoires.
Communication, concertation et participation : l’atout social du projet
La réussite de Plan d’Aou doit beaucoup à la dimension participative. Dès Europan 2012, des supports ludiques et numériques ont mobilisé les habitants, en particulier les jeunes. La co-conception avec les acteurs locaux a facilité l’appropriation des espaces. La participation a aussi servi d’outil de gestion de projet pour réduire les frictions et clarifier les priorités.
Outils de communication : ateliers de co-construction (ex. atelier sur Carré Sud), résidences artistiques (Gare Franche, résidence Jean-Luc Brisson), lettres du projet et newsletters. Ces dispositifs ont renforcé la transparence et le suivi des décisions. Limite : la participation exige du temps et une capacité à transformer les retours en actions concrètes, ce qui n’est pas toujours disponible.
Alternative : si la concertation ne peut être exhaustive, cibler les groupes les plus impactés (familles relogées, jeunes, commerçants) permet d’optimiser l’efficacité. Exemple : l’ouverture de la médiathèque en 2020 a été précédée d’actions ciblées auprès des associations locales pour préparer les usages.
La communication de projet a aussi porté sur la valorisation des réussites pour attirer des usagers extérieurs. Ainsi, la diversification des fonctions (centre social, maison de l’enfance, maison de santé, restaurant) est devenue un argument pour recomposer l’image du quartier. Insight : une stratégie de communication intégrée au pilotage du projet permet de concilier objectifs techniques et acceptation sociale.
Programmation urbaine et qualité de vie : espaces publics, « îles » et usages
Le parti pris programmatique du Plan d’Aou s’est traduit par la création d’un archipel d’îles thématiques. L’idée : concentrer des petits programmes contrastés plutôt que d’uniformiser l’espace. Parmi les îles, plusieurs sont sportives (stade, fitness, basket) et situées au sud, tandis que d’autres sont dédiées à la détente (île au chêne, île de la pinède). L’élément central, la Lune bleue, exploite le relief, la couleur et l’eau pour construire un paysage ludique et attractif.
Ces choix répondent à des objectifs de planification et d’organisation des usages : favoriser la mixité, offrir des équipements visibles et créer des lieux d’attraction. Limite : la maintenance de ces équipements nécessite des ressources récurrentes. Les alternatives incluent des partenariats associatifs pour l’animation et l’entretien.
Exemple d’impact social : la présence d’équipements sportifs et culturels a attiré des usagers extérieurs, renforçant l’offre commerciale et l’activité économique. Ce cercle vertueux peut cependant être freiné par des tensions résiduelles liées au relogement ou à la perception du quartier. Mesure d’usage : des enquêtes périodiques permettent d’ajuster la programmation en fonction des pratiques réelles.
Insight : la qualité de vie sur le site dépend autant des équipements que de l’accessibilité. Le projet du pôle d’échanges de Saint-Antoine, qui vise à relier Saint-Charles et le centre-ville en moins de 10 minutes, est un élément clé pour maximiser l’impact des nouveaux espaces publics.
Transfert d’expérience : enseignements pour la gestion de projet urbain
Plan d’Aou offre des enseignements précieux pour tout gestionnaire de projet urbain. D’abord, définir des objectifs précis et mesurables facilite la priorisation. Ensuite, structurer la gouvernance avec des rôles clairs réduit les conflits et accélère les décisions. La modularité programmatique (archipel d’îles) montre qu’il est possible d’avancer par étapes visibles sans attendre une vision totale achevée.
Limites à considérer : l’inertie administrative, la volatilité des financements et la nécessité d’une communication continue. Comme alternative, il est recommandé d’intégrer dès l’origine des phases pilotes et des mécanismes de revue trimestrielle pour adapter la trajectoire.
Pour illustrer le fil conducteur, Amina, une animatrice locale fictive, a joué le rôle d’interface entre habitants et équipes projet. Son action quotidienne a permis d’identifier des besoins concrets (espace pour jeunes, créneaux sportifs) et d’orienter des priorités opérationnelles. Cette anecdote montre que des acteurs relais locaux accélèrent l’appropriation et améliorent le suivi.
Conseil pratique final : formaliser un plan de communication et de suivi, définir des indicateurs simples (livraisons, fréquentation équipements, satisfaction) et prévoir une réserve de ressources pour les imprévus. Ces éléments maximisent les chances de transformer une opération de rénovation en véritable recomposition urbaine durable.
Clause de non-conseil : ce contenu est informatif et n’est pas un conseil en investissement ou en financement. Chaque situation requiert un échange avec un professionnel habilité (agent immobilier, notaire, courtier ou conseiller en gestion de patrimoine).
Quel est l’état d’avancement des démolitions et reconstructions au Plan d’Aou ?
La cité comptait 915 logements à l’origine ; près de 872 ont été démolis depuis les années 1980 et plus de 450 logements ont été reconstruits, dont 237 sur le site. Ces chiffres évoluent selon les phases finales du renouvellement.
Quels acteurs pilotent la rénovation du Plan d’Aou ?
La Métropole Aix-Marseille-Provence et la Ville de Marseille pilotent le programme en lien avec le GIP Marseille Rénovation Urbaine. Les bailleurs (Erilia, Logirem, 13 Habitat, ICF, SNI) et des équipes de maîtrise d’œuvre (CONCORDE et autres) assurent l’opérationnel.
Comment le projet intègre-t-il la participation des habitants ?
Depuis Europan 2012, la concertation a été active : ateliers, résidences artistiques, outils numériques et comités de quartier ont permis d’associer les habitants à la définition des espaces et des priorités.
Quelles sont les principales incertitudes du projet ?
Les incertitudes proviennent principalement des calendriers administratifs et des arbitrages financiers. La capacité à maintenir des ressources et à phaser les travaux est décisive pour le respect des échéances.



